03.12.2006
Le Pacte écologique de Nicolas Hulot : ensemble pour une prise de conscience urgente!

Signez le Pacte écologique!
Je viens de signer le Pacte Ecologique proposé par Nicolas HULOT. Pourquoi?
Comme vous avez pu le lire dans "un Pacte national pour l'environnement" du 5 novembre, la question de l'environnement est une question qui, a toujours été une des raison de mon engagement politique (ancienne vice-présidente nationale d'Ecologie Bleue). Sans vouloir rejoindre les Verts parce que j'ai toujours estimé que la question de l'environnement ne pouvait pas être à elle seule un programme, elle est un choix sociétal pour lequel, une nouvelle fois les clivages jusque là en vigueur se doivent de tomber.
Je suis d'accord avec les cinq propositions formulées par le comité de vingt-quatre personnalités qui entourent Nicolas Hulot : création d’un poste de vice-premier ministre en charge du développement durable, instauration d’une taxe carbone pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ; réorientation des subventions agricoles ; instauration de la démocratie participative pour préserver la biodiversité ; mise en œuvre d'une éducation à l’écologie à l’école.
23:05 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Udf, Environnement, Nicolas Hulot
05.11.2006
Un plan national pour notre environnement
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Parce que les demandes des peuples, et particulièrement du nôtre, sont absolument contradictoires. Les Français ne veulent pas des émissions de gaz à effet de serre. Ils ne veulent pas des déchets nucléaires. Pourtant ils veulent l’absolue abondance de l’énergie, et notamment de l’électricité. Ils ne veulent pas de la hausse des prix de l’énergie, notamment des carburants, et pourtant ils veulent, et ils exigent, la protection du climat. Ils ne veulent pas d’effort supplémentaire, mais ils veulent qu'on prenne des décisions. Ils ne veulent pas qu'on parle de la vitesse sur les routes, ni en termes d’impôts. Ils veulent la protection des paysages, l'enfouissement des lignes électriques, ils veulent les éoliennes, ils veulent éliminer les déchets, mais chez les autres !
Je voudrais, pour fonder une politique sérieuse en matière d’écologie, de protection de l’environnement et de développement durable, vous donner trois ou quatre convictions de base.
1. Il y a un grand gisement d’énergie disponible à bas prix : ce sont les économies d’énergie.
2. La première clé d'une politique sérieuse en matière d’économie d’énergie, c’est la formation de la population. C’est un des domaines, je le crois, dans lesquels les Français et particulièrement les jeunes Français sont prêts à changer leur comportement. Encore faut-il leur expliquer pourquoi c’est indispensable.
Car l'effort est individuel, familial, du foyer, du cercle familial, de l'entreprise, cet effort ne peut être conduit que si chacun a conscience des raisons qui le rendent nécessaire. Et donc les medias de communication de masse et l’Éducation nationale sont les moyens de ce changement de mentalité.
Je suis d'accord avec des spots qui expliqueront aux Français ce qui se passe sous nos yeux, si on ne fait rien. Deuxième clé de cette politique sérieuse, moins idéaliste je le reconnais, il faut qu’il faille que ce soit plus cher de polluer que de ne pas polluer. Que ça coûte de polluer, et que ça permette de faire des économies de ne pas polluer. Et donc les questions de fiscalité écologique, de fiscalité des carburants, sont une clé absolument nécessaire. Il serait plus facile pour un responsable politique d'abonder dans le sens d'un "c'est trop cher" ... mais il n'y aucune possibilité d'arriver à une réponse si on ne programme pas l'action publique [sur ce plan].
3. Dire la vérité sur la crise énergétique, c’est aussi avoir le courage de dire aux Français qu’il nous faut profondément modifier nos modes de vie. "Avoir le courage" est un terme inapproprié - car ma conviction est que ce n'est pas une menace, c’est une chance, et que la société que nous allons former au 21ème siècle vivra mieux si elle vit plus sobrement.
C’est donc le modèle de développement qu’il va falloir changer, et, comme vous le sentez bien, ça ne se fera pas en assistant aux évolutions du monde comme il va.
4. Il faut une politique de l’énergie européenne, qui ait les moyens d'induire ce changement réel de comportement et en même temps de s’adresser à l’ensemble de la planète pour que les autres puissances mondiales entendent cette nécessité.
Quels sont les piliers d’un plan pour une vraie croissance sobre ? J'en vois trois, là encore très simples :
1. Se fixer des objectifs. L'objectif de diviser par 4 notre consommation en 50 ans, veut dire qu’il faut que nous ayons baissé notre consommation de 25 % en 2020. Cela a une signification précise, par exemple en matière d’énergie renouvelable, de biocarburants, etc.
2. Il faut accentuer très fortement les crédits de recherche, et cela demande un effort public.
3. Il nous faut aider les pays émergents à trouver des voies de croissance différentes, intégrant un modèle de développement énergétiquement plus sobre que celui dont nous leur avons donné l'exemple. La conviction n'y suffira pas. Je voudrais maintenant en venir concrètement à ce qu'on pourrait vouloir comme plan national pour soutenir une politique de cet ordre. En commençant par vous donner deux chiffres. Parler d'économie d'énergie, c'est parler bâtiments et transport. Le bâtiment et les transports, c’est à peu près 50 % de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre ; et on n'a pas fait d'économie, on a augmenté cette consommation de 25 % en 15 ans.
Notre plan national éco veut dire :
1. Plan bâtiment éco :
renforcement des normes pour notre construction neuve ; travaux sur la maison passive dans laquelle la consommation énergétique est égale à zéro (isolation, grande surface vitrée au sud, récupération de l'air et des calories, permettant d'arriver à 22° à l'intérieur avec -19° dehors) ; un plan équivalent pour l’ancien ; une production de chaleur renouvelable (solaire en particulier) pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire.
Toutes les maisons individuelles de France pourraient produire elles-mêmes leur eau chaude sanitaire et leur chauffage. Les marchés publics, qui représentent 15% de notre activité économique, devraient donner l'exemple, et cela suffirait pour que les coûts de procédés nouveaux s'effondrent, parce que ce sont les séries qui font baisser les prix. L'avantage, c'est la création d'un très grand nombre d’emplois non délocalisables : quelque 120 000 emplois par an les vingt premières années.
2. Un plan route éco.
Naturellement, le type d'automobiles que nous utilisons joue un très grand rôle dans l'émission de gaz à effet de serre. Réduire la place de l’automobile, développer le ferroutage pour le fret, sont un immense enjeu, ainsi que l'allégement des véhicules. On a supprimé toute fiscalité sur la puissance !
La vignette était un moyen de la freiner, on l'a supprimée. L'encouragement à la motorisation mixte électrique/thermique est une piste à suivre. Je suis pour l'affichage obligatoire de la consommation instantanée. Je vous encourage à faire l'expérience, je l'ai fait faire par des dizaines de personnes ! Sur le même cycle de conduite, le même itinéraire, en partant à la même heure et en arrivant à la même heure, on fait 15% d'économie de consommation, simplement parce que ça entraîne à ne pas pousser les rapports. Ça ne coûte pas un centime, simplement un équipement, et ça garantit une économie de carburant. Peut-être que certains ne l'ont pas souhaité, pour des raisons que nous pouvons apercevoir ! La question de la limitation de la vitesse sur les routes : 10 km/h de moins, ce serait un facteur de sécurité et d'économie très important, de l'ordre de 12%.
Cette question a été abordée par deux gouvernements successifs, mais dans des circonstances qui n'étaient pas justes démocratiquement, car elles étaient seulement liées à l'augmentation du prix de l'énergie : dans le cadre de la sauvegarde de la planète, et de notre responsabilité de citoyens, je crois que les gens pourraient l'accepter. La limitation de la consommation des véhicules, selon la nouvelle norme européenne : 120 g de CO2/km (actuellement 180g).
3. Un plan "vie de tous les jours éco" :
Ça veut dire des seuils de consommations pour l'éclairage, etc., et des normes énergétiques pour tous les appareils ménagers, comme il y a des normes de sécurité. C'est une décision européenne qui ne coûterait pas, et serait une aide puissante. Ça existe déjà pour les appareils dédiés au froid, il faut que ça existe pour les appareils électroménagers, de même que pour les emballages.
4. Un effort pour un plan agriculture éco.
Par exemple en programmant une diminution de 500 000 tonnes des engrais azotés de notre agriculture. Ça veut dire la définition d’un bilan azoté à l’échelle de l’exploitation, et soit un "permis de consommation" de l’azote, soit un système de bonus-malus, à discuter avec la profession. Il y a dans ce sujet un enjeu formidable de réconciliation entre les paysans et la société. Au lieu de vivre le drame que le monde agricole a vécu - eux qui étaient à la fois des indépendants, libres de leur sort, et des amis et défenseurs de la nature, ils ont été en 20 ans perçus comme dépendants et comme des pollueurs - ils seront les producteurs d'énergie renouvelable (je suis un défenseur des biocarburants et de la biomasse), et leurs cultures piègeront le carbone de l'atmosphère. La production végétale est la meilleure machine pour y parvenir. Cet enjeu est psychologique, moral et économique.
Nous sommes le pays d'Europe occidentale qui a les surfaces disponibles les plus grandes : ce territoire qui était en train de tomber devient une chance.
5. Réfléchir à la taxation sur les carburants : Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean viennent de publier un livre sur le sujet. Je présente le problème de façon un peu différente, comme je l'ai fait à l'Université d'été : il y a là une des bases pour l’allègement des charges sociales ; on peut alléger le coût du travail en programmant l'augmentation des charges sur les carburants fossiles.
Jean-Marc Jancovici propose 5% d'augmentation programmée tous les ans, ce peut être moins, 3% par exemple, de manière à ce que chaque foyer et chaque entreprise programme pour l'avenir son changement de comportement.
6. Un plan nécessaire pour les énergies renouvelables en France, sur lequel je ne m'étendrai pas ; la partie solaire devrait faire l'objet d'un traitement plus poussé que nous ne l'avons fait jusqu'ici. Les technologies solaires sont banales, à la disposition technique de la plupart des Français. Je veux finir en abordant deux sujets brûlants.
Le nucléaire Je vais le dire clairement : je ne crois pas que l’on puisse, en France, remplir nos engagements en matière de gaz à effets de serre sans le nucléaire. Nous avons fait de lourds investissements, nous avons maîtrisé, nous qui n’avons pas de réserves fossiles, une filière de production énergétique de haute qualité. La Russie a son gaz, nous avons la maîtrise d'une filière qui est l’électricité nucléaire.
Cela ne veut pas dire que le gaz résolve tous les problèmes de la Russie en matière énergétique, pas plus que le nucléaire ne résoudra tous nos problèmes énergétiques de la France. Mais en tout cas c’est la seule filière disponible de production énergétique sans émission de gaz à effet de serre. Et il y a, à propos du nucléaire, une zone de consensus possible entre les pro et les anti, alors même que c’est un sujet passionnel. Cette zone de consensus, c’est l’obligation de transparence. Je ne vois pas ce que les pro nucléaires auraient à craindre de l'établissement de la transparence en matière d'information. Sur ces 4g1/2 de déchets nucléaires par an et par Français, qui sont déjà là à La Hague, les pro nucléaires, affirmant que les problèmes sont maîtrisés, n'ont rien à craindre de la transparence. La transparence, avec la publication des rapports, la possibilité de saisine directe de l’instance de sécurité nucléaire par les associations, avec obligation de réponse, est un devoir pour ceux qui considèrent que le nucléaire est une arme dans la bataille économique. J'ai été extrêmement réservé sur la privatisation partielle d'EDF, qui dans la bataille de l'énergie, va devoir prendre ses décisions selon les priorités de l'actionnaire et non plus selon des priorités d'intérêt général. On verra ce que signifie la décision de privatisation, par rapport au prix du courant.
Deuxième sujet, qui pour moi est central: celui des indices avec lesquels nous mesurons notre développement. Le PIB donne la même valeur à une activité humaine qui détruit l’environnement et à une activité humaine qui le sauvegarde. Le travail de dépollution sur l'Erika est compté dans le PIB!
Cela ressemble à une entreprise qui ne proposerait pas de bilan, qui ne différencierait pas l’investissement et les frais généraux.
Il faut que nous mesurions non pas l’activité, mais le développement humain. Il me semble nécessaire de définir internationalement un indice du développement humain.
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